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Que faire si vous êtes un.e proche d’une personne survivante d’une agression sexuelle?

Dernière mise à jour : 13 avr.


Il s’agit peut-être de votre sœur, votre fille, votre ami, votre collègue de travail ou votre conjoint. Quelle qu’elle soit, cette personne que vous appréciez, peut-être même que vous aimez, s’est fait agresser sexuellement. Que faire quand vous recevez ce dévoilement?


Respecter ses propres sentiments

Chaque personne ayant suivi des cours de premiers soins savent bien que, avant de se rendre vers la victime pour l’aider, il importe de s’assurer que la scène soit sécuritaire. Autrement dit, rien ne sert de se mettre en danger en aidant quelqu’un, car une personne non-disposée ne pourra pas venir en aide à la personne qui en a besoin de toute façon. Les premiers soins, bien qu’ils soient axés vers la santé physiologique, offrent un bon cadre de référence pour toute relation d’aide.

Il est très possible que le fait d’apprendre que quelqu’un près de vous ait vécu une agression sexuelle vous place dans un état psychologique inconfortable. Sachez que tous les sentiments que vous vivez sont valides : la colère, la culpabilité, la déception, la surprise, la tristesse, l’injustice, l’incompréhension. Ne vous sentez pas dans l’obligation d’aider immédiatement la personne qui vous fait la confidence si vous vous sentez vous-même en détresse. Vous avez le droit de lui exprimer que cette situation vous affecte également et que vous avez besoin d’un petit moment pour intégrer cette nouvelle.

Il vaut mieux prendre un moment pour soi que mettre ces émotions sur la personne ayant vécu l’agression. Par exemple, la colère peut vous faire dire toutes sortes de choses que vous pourriez regretter et qui seraient ultimement nuisibles pour la personne qui s’est ouverte à vous. Plusieurs attitudes sont à éviter en réponse au dévoilement de la personne survivante: la blâmer pour l’agression sexuelle qu’elle a vécu, ne pas la croire, minimiser l’agression sexuelle, l’interroger en rafale sur toutes les circonstances qui ont entouré l’agression, la prendre en charge et lui dire quoi faire ou faire en sorte que l’agression vous concerne plus qu’elle, par exemple en pleurant et en ayant besoin de son soutien. La seule posture à adopter en réponse à un tel dévoilement est de demeurer calme et suivre le rythme de la personne qui vous fait le dévoilement.


Respecter le rythme de la personne qui a vécu l’agression

Une règle d’or est à respecter : l’agression sexuelle concerne la personne qui vous en parle et non vous-même. Peut-être, par exemple, voudriez-vous qu’elle aille faire une plainte à la police ou, au contraire, peut-être voudriez-vous lui en dissuader. Ce n’est pas à vous de prendre les décisions en lien avec l’agression sexuelle. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c’est accompagner la personne à travers cette épreuve.

Lorsque la personne vous divulgue son agression sexuelle, la meilleure façon de la soutenir est de répondre à ses besoins. Elle vous en parle pour avoir un soutien émotionnel? La meilleure chose que vous pouvez faire est de l’écouter. Elle vous en parle parce qu’elle ne sait pas quoi faire et aimerait que vous l’aidiez dans ses démarches? Vous pouvez alors lui demander quelles démarches elle a déjà fait et l’accompagner à travers les prochaines démarches qu’elle souhaite entreprendre. Il est donc tout-à-fait indiqué de lui demander directement ce qui lui ferait du bien et ce que vous pouvez faire pour l’aider.


Suggérer des ressources additionnelles à la personne qui a vécu l’agression

Une agression sexuelle peut entraîner une multitude de conséquences sur l’état psychologique de la personne qui l’a subie. La dépression est d’ailleurs une des conséquences les plus fréquentes (Campbell et al., 2009; Elliot et al., 2004; Peterson et al., 2011), mais aussi des plus graves. En étant une personne de confiance, vous avez la chance de vérifier l’état de santé mentale de la personne qui a vécu l’agression, plus spécifiquement la présence possible d’idées suicidaires. Comme la croyance voulant que parler de suicide peut donner l’idée à quelqu’un de se suicider n’est en réalité qu’un mythe, il est suggéré de poser la question le plus directement possible pour vérifier si quelqu’un pense au suicide : « as-tu des pensées suicidaires? ». Dans l’éventualité où la personne vous répondrait par l’affirmative, des ressources plus spécialisées sont disponibles pour l’aider. Vous pouvez lui suggérer le numéro de Suicide Action Montréal (1.866.277.3553) afin de parler avec quelqu’un qui est formé pour aider les gens avec des idées suicidaires. Si la personne est en crise et a besoin d’aide plus importante qu’un service téléphonique, vous pouvez lui suggérer de contacter un centre de crise (https://www.centredecrise.ca/listecentres). Finalement, si vous craignez pour la vie de la personne et croyez qu’elle pourrait se suicider dans les prochaines minutes, il est tout indiqué de contacter les services d’urgence au 911.

Si la personne survivante d’une agression sexuelle désire recevoir de l’aide psychologique, plusieurs options s’offrent à elle. D’abord, elle peut bien sûr s’inscrire à son CLSC qui lui offrira de l’aide psychologique gratuitement, mais il est vrai que les listes d’attente peuvent être longues. Sinon, la personne peut visiter le site de l’Ordre des Psychologues du Québec (https://www.ordrepsy.qc.ca/) afin de trouver un psychologue qui lui convienne dans de brefs délais. Toutefois, les psychologues au privé peuvent être dispendieux si la personne n’a pas d’assurance. Un heureux entre-deux consiste à contacter des psychologues au privé qui offrent des tarifs en fonction du revenu familial, tels que Famille Nouvelle ou Le Levier à Montréal. Une autre avenue intéressante et souvent négligée réside dans les cliniques de psychologie des différentes universités.

Finalement, pour plus de ressources en lien avec les agressions sexuelles, vous pouvez également suggérer à la personne survivante d’une agression sexuelle de contacter un CALAC (http://www.rqcalacs.qc.ca/). Les CALACS sont des organismes qui militent contre les agressions sexuelles de plusieurs façons et offrent notamment de l’aide directe aux personnes survivantes d’agressions sexuelles. Il existe également une ligne-ressource provinciale pour les victimes d’agression sexuelle (1 888 933-9007) qui peut aider les personnes survivantes selon leurs besoins.


Prendre le temps de digérer cette nouvelle

Lorsque la discussion avec la personne survivante d’une agression sexuelle est terminée, il est important de continuer à prendre soin de vous. Ultimement, vous avez fait de votre mieux lors de la discussion avec votre proche. Si vous lui avez offert votre soutien, votre amour et votre respect, vous avez fait la bonne chose. Maintenant, il importe de vous offrir à vous-même votre soutien, votre amour et votre respect, notamment en allant chercher de l’aide si vous en ressentez le besoin.

Vous pouvez verbaliser ce que vous avez vécu auprès de plusieurs lignes d’écoute telles que Tel-Aide (514 935-1101), Écoute Entraide (1 855 EN LIGNE [1 855 365-4463]) ou la ligne-ressource provinciale (1 888 933-9007). Certains CALACS offrent également du soutien aux proches.




Article rédigé par Mariane Aumais





Références


Campbell, R., Dworkin, E. et Cabral, G. (2009). An ecological model of the impact of sexual assault on women’s mental health. Trauma, Violence, & Abuse, 10 (3), 225-246. https://doi.org/10.1177/1524838009334456


Elliott, D.M., Mok, D.S. et Briere, J. (2004). Adult sexual assault: Prevalence, symptomatology, and sex differences in the general population. Journal of Traumatic Stress, 17(3), 203-211. https://doi.org/10.1023/B:JOTS.0000029263.11104.23


Peterson, Z.D., Voller, E.K., Polusny, M.A. et Murdoch, M. (2011). Prevalence and consequences of adult sexual assault of men: Review of empirical findings and state of the literature. Clinical Psychology Review, 31, 1-24. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2010.08.006




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